
TPE
« L’art de peindre ne peut vraiment se borner qu’à décrire une idée qui montre une certaine ressemblance avec le visible que nous offre le monde. »
RENE MAGRITTE.
René Magritte s'est toujours tenu à l'écart du rêve et de l'inconscience, qui représentent pourtant les bases du mouvement surréaliste, auquel il appartient. Il préféra, tout au long de son oeuvre, tirer son inspiration de la réalité la plus tangible, car selon lui tout n'est qu'image de la réalité, et rien de plus.
Une de ses oeuvres les plus célèbre est sans conteste le tableau La Trahison des images (1928-1929), représentant une pipe des plus réalistes avec l'affirmation que ce n'en est pas une écrit en-dessous. En réponse à la polémique de « Ceci n’est pas une pipe » René Magritte déclara : « La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc si j’avais écrit sous mon tableau « ceci est une pipe », j’aurais menti ! »
C'est ainsi que René Magritte aborde le rapport ambigu entre un objet et sa représentation. Tout ce que l'on représente, selon lui, ne repousse jamais les frontières de la réalité, car il ne s'agit que d'une image de cette fameuse réalité. Mais comment, avec une affirmation aussi abrupte, argumente-t-il ?

La Reproduction interdite, René Magritte (1937).
« Il est possible que l’on soit « frappé » par le mot Pensée. » affirme René Magritte dans son livre d'essais Des Mots et des Images, publié pour la première fois posthume en 1979. Notre artiste a considéré tout au long de son oeuvre que la réalité était une pensée abstraite, et que la peinture est en vérité l'action de la pensée sur un objet que l'on souhaite représenter. En ce sens, selon René Magritte, si la pensée est abstraite, la peinture est là pour la rendre concrète. C'est ainsi que se comprend la place du réel chez cet artiste, car malgré le fait que la pensée soit abstraite, la peinture ne peut tendre à la rendre concrète qu'en se reposant sur le réel. Il lui semble ainsi impossible de se reposer sur l'abstrait, et de repousser les frontières de la réalité.


(1898 - 1967)
C'est à travers sa peinture intitulée La Reproduction interdite (1937) que les principes de René Magritte sont les plus explicites. Cette oeuvre présente un homme de dos, brun, qui semble observer son reflet dans un miroir. Le reflet lui-même est de dos, ce qui vise à créer une forme de distance aussi bien avec à la réalité qu'avec le spectateur. Sur le manteau de la cheminée repose un livre, dont le titre apparaît à l'envers dans le miroir. Ce dernier est un élément très cher aux surréalistes, et il semble que René Magritte n'est pas fait exception à la règle.
Comme toujours chez cet artiste, la touche est absente et le réalisme de l'oeuvre est à couper le souffle, à tel point que la surréalité de cette peinture paraît conventionnelle. Ce sont notamment les couleurs ternes, évoquant le clair-obscur, qui nous plonge dans une sorte de photographie légèrement jaunie ; vétuste.
De la même façon que le miroir ne reflète pas le visage de l'homme mais son dos, la peinture n'est pas un miroir de la réalité, car en peinture rien n'est réel, tout n'est qu'image. Il ne faut ainsi pas confondre cet art qu'est la peinture avec la simple idée de la reproduction, qui est loin d'être un art ; d'où le titre de l'oeuvre, soit dit en passant.

La Trahison des images, René Magritte (1928 - 1929).