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Nous sommes en 1914 ; Arthur Rimbaud est mort depuis vingt-trois ans. Le vingtième siècle qui débute va être le témoin d'une série d'artistes qui, prolongeant le questionnement que pose l'oeuvre de Rimbaud, se sont interrogés sur la nature de leur art. C'est durant ce siècle de bouleversements que ces artistes vont faire évoluer le raisonnement de leur mentor. Afin de compendre ces parcours, il s'agit de s'interroger sur les évènements qui jalonnèrent leur vie et, par voie d'extension, qui ont forgé l'Histoire.

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      André Breton et René Magritte sont deux contemporains. Morts à un an d’écart, leur parcours ne sera parsemé par pas moins de deux guerres mondiales, et un début de guerre froide.  La Première Guerre Mondiale marque le premier bouleversement majeur du vingtième siècle. Le caractère total et meurtrier de cette guerre les dépasse, et son absurdité les révolte.

    Les armes explorent une puissance de feu nouvelle. L'obus, particulièrement craint par les soldats, sera d'ailleurs manié par André Breton en 1915, dans ce qu'il décrira par la suite comme « un cloaque de sang, de sottise et de boue ».

      Outre la violence physique, les soldats expérimentaient une violence psychique inédite, source de nombreux cas de mutisme et de démence. André Breton sera par ailleurs réaffecté, à sa demande, dans un centre neurologique, afin d'avoir un contact direct  avec cette folie nouvelle, qu'il considérera comme un moyen de création. 

    La création, opposée aux horreurs de la guerre, est par ailleurs le mot d'ordre du  mouvement Dada, auquel appartenait René Magritte. C'est durant l'entre-deux-guerre que ce mouvement se développe dans l'Europe occidentale, en réaction à  l'épisode traumatisant que le monde venait de subir.  Chaque artiste, de son côté, tend à abolir les règles de l'art contemporaines, et tentera d'innover.

    Marcel Duchamp, avec La Fontaine, posera notamment la question de la limite de l'art, et de la réalité. André Breton popularisa l'écriture automatique, se plongeant dans un état de transe quasi hypnotique afin d'écrire. Max Ernst, de son côté, inventera la technique du frottage, permettant de faire transparaître les reliefs afin de créer des formes imaginaires. Tous se projettent dans le surpassement des frontière de la réalité.

La Fontaine, Marcel Duchamp, 1917.

      Alors que l'heure est toujours à la remise en cause des règles de l'art et des frontières de la réalité, quelques années plus tard, la Seconde Guerre Mondiale est déclarée. C'est une période d'anéantissement, qu'il soit militaire ou humain, à travers la Shoa. L'Europe, mais aussi les Etats-Unis et l'Asie du Sud Est sont en guerre. C'est dans ce contexte incertain que nait Jim Morrison. Venant  au monde au beau milieu de la guerre du Pacifique, elle le bouleversera d'autant plus que son père est  officier de l'US Navy, la marine américaine.

    Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, la tension est à son paroxysme. Le monde se sépare en deux blocs : les marxistes léninistes s'opposent aux libéraux.  Cette séparation du monde qui sera bientôt dénommée Guerre Froides'exprimera dans l'art sous de multiple concepts. Le plus emblématique est le manichéisme : si l'on se veut patriote, un artiste se doit de représenter les merveilles de sa nation et de dénigrer la nation adverse. Ce concept verra notamment naître à l'Ouest des comics outre-atlantiques où la menace est communiste, ainsi que des affiches de propagande à l'Est afin de louer la grandeur du parti.

      Parmi toutes ces manifestations, un mot d'ordre croît : celui de la protestation. En Europe, les surréalistes et les dadaïstes se dressent plus que jamais contre la violence. Outre-atlantique, Jim Morrison orientera également son art vers la dénonciation. Tout comme de nombreux artistes à l'époque, il sera notamment confronté à la guerre du Vietnam, très impopulaire en Amérique.

   C'est dans cette période de crises majeures que l'art va évoluer. Face à une réalité à peine croyable, souvent trop atroce pour être vraie, la question du dépassement des frontière de la réalité est au rendez-vous. Répondront présents tous les arts, du cinéma à la musique, en passant par l'écriture. Tous sont du même avis. L'heure, chez ces artistes, est à la question de l'évasion de cette réalité incertaine. Mais en vérité...

... en sont-ils capables ?

Bousquet Alexandre & Langlois Emma.

Image de fond : The Banquet, René Magritte.

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