
TPE
« Pour l’esprit, la possibilité d’errer n’est-elle pas plutôt la contingence
du bien ? »
ANDRE BRETON.
André Breton, chef de file du mouvement surréaliste, marquera son temps de multiples manières. On s’en souvient tantôt comme d’un grand pacifiste, rejetant les combats au prix de longues années à servir dans les hôpitaux psychiatriques, tantôt comme d’un essayiste insoumis, « théoricien amoureux de la théorie ».
Si Nadja, publiée en 1928, et L’Amour fou, publiée en 1937, sont deux œuvres emblématiques du surréalisme et de la littérature du XXe siècle, c’est pourtant à travers ses divers Manifestes du surréalisme (1924) qu’André Breton définira les préceptes de ce mouvement.
Mais à travers cet essai, qu’en est-il de la réalité ? Le propre du surréalisme n’est-il pas, vraisemblablement, de « surpasser » ses frontières ? André Breton nous le démontre et nous le nie à la fois.

« dessinée. Le papillon resiste et la fleur se repend. Le désir renait pour la seconde approche. L’échange se fait curieux puisqu’il se détruit au fur et à mesure que sa musique avance. La nature proteste de ce spectacle d’où elle est absente. Car elle est vivante la nature, la terre ce sol humide, froid, confortable peut en témoigner, protester de tous ses cris, refuser de se prêter au jeu du sol, au vol du feu, au fol du veu, à toute sorte de corolle et de faux-jeu (tons). La terre cette nourricière méconnue n’aura de récompense que par sa marche accomplie vers l’homme lorsque celui-ci dans la destinée incertaine de l’amour enfin inventé décrétera que son cœur n’est plus le siège que de l’intention sanguine, son cerveau le lieu de passage d’une abstraction révolutionnaire, son ventre l’abri des déchets les plus matériels. Et qu’il n’existe nulle part si ce n’est dans son nom. [...] »
23 mars 1980, cahier d'écriture automatique d'André Breton.
Mais André Breton ne se cantonne pas à l'imagination, et ses instruments pour repousser les frontières de la réalité sont nombreux. Dans les Manifestes du surréalisme, sa pensée prend une toute autre ampleur, notamment lorsqu'il aborde le merveilleux, qui découle par définition de l'imagination elle-même. « Tranchons-en : le merveilleux est toujours beau, n'importe quel merveilleux est beau, il n'y a même que le merveilleux qui soit beau. » écrit-il.
Dans le merveilleux que définit André Breton, rien n'est réel, tout est onirique ; en d'autres termes, tout est surnaturel, et ne prend pas pied dans notre monde.
Malgré tout, dans toutes ses démarches, André Breton nous rappelle : « Toujours est-il qu'une flèche indique maintenant la direction de ces pays et que l'atteinte du but véritable ne dépend que de l'endurance du voyageur. » Car toutes ses méthodes ne sont rien sans l'endurance du poète, l'endurance de l'artiste, afin de tendre vers ces frontières si subjectives. Et malgré toutes les prouesses surréalistes qui forgent son œuvre, il affirme : « Il s'agissait de remonter aux sources de l'imagination poétique, et, qui plus est, de s'y tenir. C'est ce que je ne prétends pas avoir fait. […] Je m'étais figuré que Rimbaud ne procédait pas autrement. »

(1896 - 1966)
« Le seul mot de liberté est tout ce qui m’exalte encore. » affirme André Breton. Cette liberté –liberté littéraire aussi bien que liberté de l’esprit– est au cœur même des préoccupations surréalistes, et est intimement liée à la citation en haut de page. Elle est le pont entre ce qui existe effectivement et ce qui est du domaine de l’invention ; elle seule permet de repousser les frontières de la réalité.
Selon André Breton, afin de repousser ces fameuses limites, l’imagination, et par voie d’extension la folie, sont les deux ingrédients primordiaux, qu’il développe à de nombreuses reprises au cours de ses manifestes. « Ce n’est pas la crainte de la folie qui nous forcera à laisser en berne le drapeau de l’imagination. » prétend-il, car de toute évidence, l’imagination seule ne peut rien, et il faut se laisser aller à ce qu’il nomme la « folie » pour avoir une chance de repousser les frontières de la réalité.
Cette folie, c’est l’écriture automatique, dont André Breton est l’un des théoriciens, qui nous l’enseigne. Alors qu’il l’étudie dans les hôpitaux psychiatriques où il travaillait durant la Première Guerre Mondiale, notre surréaliste rencontre un véritable mode d’écriture dans lequel n’interviennent ni la conscience, ni la volonté. André Breton la résume ainsi : « Placez-vous dans l'état le plus passif ou réceptif que vous pourrez... écrivez vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas vous retenir et ne pas être tenté de vous relire ». L’état nécessaire à la bonne réalisation de l’écriture automatique est proche d’un état hypnotique, et le premier ouvrage écrit avec cette méthode est aussi le point de départ du surréalisme : Les Champs magnétiques, par André Breton et Philippe Soupault, publié en 1919.
